J'ai cru t'apercevoir, au coin de la rue. Rien de plus absurde en soi car il est évident que tu n'y serais jamais allé. Cependant je n'explique toujours pas ces battements de cœurs excessifs. Peut-être cela devient-il évident : j'aurais voulu t'y voir. Croiser ta surprise à la mienne, ton sourire au mien, tes yeux à ma gêne. Nous aurions échangé quelques mots stupides et dénués d'intérêt, puis nous aurions repris notre route, dans le même sens, vers le même café. Mon imagination me fait toujours défaut, tu ne sais combien de fois je m'y suis perdue, dans la rue voire même en pleine conversation, certes intéressante, avec je ne sais qui, sur je ne sais quoi. Et je ne pourrais ni qualifier ça de bon, ni même de mauvais. ça reste étrange, impossible à concevoir de manière censée. Un point de vue nouveau pour un événement se pensant normal. J'en rirais bien des fois, tout comme je m'en mordrais les doigts. Il serait parfois si bon, de prendre tout ce qui nous arrive à bras le corps, s'en emparer et l'amener là où l'on voudrait qu'il soit. Décider de ce qu'on veut nous amènerait à décider de ce qui nous arriverait, et alors ... alors serions-nous si satisfaits ? Le contraste en est si attirant, insaisissable et donc si attirant. Le cours des évènements ne se passe pas comme nous l'aurions voulu, et l'on s'en donne à cœur joie pour qualifier nos situations de difficiles, compliquées, ou autre terme mélodramatique. Alors qu'au fond ... Bien sûr que oui, bien sûr que je me délecte de tout ça. Ce n'est à vrai dire pas si surprenant. Le bout de mes doigts, mouillés par quelques larmes salées, n'est rien d'autre que ce qui fut prévu. Tout comme les sourires, la palpitation d'un cœur pris au piège, les tremblements inoffensifs d'une imagination trop débordante. C'est ce que je voulais, je m'en persuade, sans me l'avouer officiellement. Même si j'en rougirais de colère, même si c'est dur. Ma tête tourne, passionnant manège brûlant par deux bouts, totalement opposés. Je veux, mais je ne veux pαa. J'aime ce que je déteste, et je déteste ce que j'aime. Applaudissez-nous ; car à hurler « je te hais », rien ne serait plus faux qu'en cet instant . Parce qu'au fond, comme toujours, ce ne sont pαs vous les détestables, mais seulement notre propre personne, quand nos cœurs cessent de ne penser qu'à nous.
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